La volupté de rubens

Je me souviens encore du banc de bois sur lequel j’attendais qu’on me choisisse dans une équipe, l’odeur de la salle de gym ou la texture du linoléum vert. Très jeune, j’ai compris que j’étais mise de côté parce que j’étais la grosse de la classe. Je n’ai jamais été de taille avec personne. J’étais pointée du doigt par toi et tu continues de me pointer du doigt parce que je te dérange. Parce que tu ressens le besoin de te sentir au-dessus de moi. Tu t’expliques mal pourquoi il me choisit à toi, parce qu’en l’accusant de ne pas avoir de goût, tu te sens mieux dans ta peau. C’est plus facile pour toi de me jeter des pierres plutôt que d’accepter que nous avons autant de valeur l’une que l’autre et d’accepter qui tu es.

Il préfère glisser sa main contre ma cuisse généreuse ou ma poitrine voluptueuse et tu me vois comme un piètre choix parce que tu ne t’aimes pas. Le temps que tu as perdu à te comparer aux autres femmes, je l’ai passé à savourer mes courbes devant le miroir, à explorer toutes les facettes de ma sexualité et à m’épanouir dans les plaisirs de la chair avec tant d’aisance que les ampoules se sont changées plus vite que les saisons. Quand ses coups de hanches se brisent sur mon rocher, mes rondeurs vibrent comme des vagues dans tous les sens. Quand ses doigts se creusent dans ma chair, il ne juge pas, il savoure ma générosité.

Toutes ces années passées à laisser fleurir les graines que tu as semées par lâcheté, mes pétales se sont épanouies et l’acceptation de chacune de mes courbes n’a eu que de la bienveillance à offrir aux femmes qui ont manqué d’eau. Aux hommes, elles offrent aisance, élégance, concupiscence, et ce, sans besoin de médisance sur les tiennes.

Je n’ai jamais été de taille à juger, mais j’ai toujours su que la vie était trop bonne pour être savourée avec ménagement. Les hommes aiment les rondes, mais c’est plus facile de t’imaginer qu’ils manquent de jugement que d’accepter qu’ils peuvent aimer une autre personne que toi.

Lettre à toi, l’autre femme…

Celle qui m’en veut d’aimer son homme, celle qui m’en veut d’avoir pris sa place. Celle qui me voit comme sa rivale, ce que je ne suis pas; celle qui me voit parce que ça l’arrange bien, d’être celle qui a détruit son couple…

Autant j’ai de défauts, je n’ai pas ceux dont tu m’accuses. J’ai de la bienveillance pour toi, et j’en ai, parce que j’ai été à ta place aussi. Parce que je comprends que dans une situation où une personne est si profondément blessée qu’elle en perd ses repères, personne n’en sort gagnant. Parce que je sais que toute la colère que tu projettes vers lui en ce moment est en faits de la déception, de la peine et un grand sentiment d’échec amoureux.

Autant que je voudrais lui promette que je ferai mieux, que je serai à la hauteur, autant je pelte du vent. J’ai compris y’a longtemps que nulle n’est à l’abris de cette peine; jamais! Parce que la vie nous projette son lot de défis dans la lenteur du quotidien… Parce que la vie nous trompe l’œil dans son regard… Parce que la vie nous apprend parfois si cruellement la vie.

Autant tu peux m’en vouloir, autant tu es responsable, vous êtes responsable de votre malheur; nous le sommes tous. Peut-être parce que le temps nous apprends qu’il faut prendre le temps, j’ai appris que le temps fuit. J’ai appris à mes dépends, à grands coups de déceptions et d’échecs, que quand la vie nous sert ses fruits, il faut les saisir et les déguster. C’est ce que j’ai choisis de faire avec l’homme que tu as aimé, avec l’homme que tu as quitté.

Sache que je saurai avec grâce défendre sa valeur. Où tu jugeais que je serais déçue, je saurai l’honorer. Je choisirai de l’élever à se respecter et à relancer ses projets enfouis, faute de motivation. Je lui offrirai de nouvelles perspectives à ses mille et un projets. Je l’accompagnerai dans ses nouvelles opportunités à se dépasser, à se retrouver, à s’aimer, et ça, j’en suis assurée, c’est ce que tu aurais souhaité pour lui…

En finalité, sois assurée qu’avant tout, je vais l’aimer… Je vais l’aimer comme s’il m’était prêté, ce qu’il est en réalité… Je vais l’aimer comme j’aurais dû aimer dans le passé, comme j’aurais aimé être aimé. Je vais l’aimer en toute sincérité, en toute simplicité!

L’avocat

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Chaque fois que tu enfiles cette toge, ma concentration file vers la filière 13. Je me fais l’avocate du diable… et si elle était de trop? Quoi que le doux vas-et-vient de l’épitoge entre mes cuisses me manquerait certainement les jours plus tranquille…

Le ton autoritaire sur lequel tu m’appelles pour une sempiternelle modification au dossier suffit à accélérer le rythme de ma respiration et raviver les picotements laissés par la cravache sur mes fesses. Me levant d’un bond, l’une des attaches de mon porte-jarretelles s’est décrochée. Le pincement sur ma cuisse suffit à déclencher une contraction de mon sexe me ramenant exactement là où les coquilles ne relèvent pas du hasard.

Nul besoin de m’en excuser, on sait tous les deux que je la veux la punition qui suit les dossiers; les coquilles…

On sait que ton pouvoir n’est qu’illusoire. On le sait, tous les deux, qu’à chaque dossier que je claque impatiemment sur ton bureau en soutenant ton regard, c’est ta main qui se fend sur ma fesse que j’envie, on le sait… On le sait que dans chaque soupire d’impatience, c’est ta main qui m’agrippe la tignasse que je ressens vraiment.

Tu le veux ce contrôle, penché sur ton bureau, à me lever brusquement la jupe pour m’insérer ta correction dans le corps. À te soutenir de ta poigne dans ma tignasse pour mieux encore me pénétrer, plus fort, plus intense ta correction. À t’entendre gémir lourdement en m’agrippant le sein, me poignant à poing fermé le mamelon, je sais que tu l’aimes ton pouvoir illusoire…

Alors que tu t’imagines que je prends des notes lors de tes échanges clients, assise au bout de la table, c’est l’odeur de ton foutre sur mes lèvres qui me tiens alerte. On le sait que tu m’as violemment foutu ta queue dans le fond de la gorge à défaut d’avoir raison des coquilles, et moi je compresse mon sexe en serrant les cuisses sur la chaise de cuir pour te sentir encore plus fort.

Quand Monsieur P. demande si c’est la Gaspésie qui me donne mes couleurs, tu crois qu’il se doute comment tu t’agrippes à mes joues quand tu me l’enfonce juste avant nos rencontres? Tu crois qui se doute de la couleur de mon cul suite à la fessée que tu m’as si jalousement imposée? Tu crois qu’il imagine les morsures que ton plaisir a laissé dans ma chair? dans mon dos? et les empreintes de mains sur mes seins? sur mes cuisses?

Y’a pas de marteau de juge qui n’aurait de poids aux corrections que tu m’infliges et aux plaisirs charnels et si envoutants que tu pourrais m’imposer; à moins qu’il ne soit juge punitif… cuisses serrées, je rêve encore!

Virtual insanity

On refait le monde toutes les nuits, nos lèvres se dévorent et l’envie de sentir ton foutre sur ma peau m’enivre. Les nuits sont torrides même sans se toucher. Il suffit d’un pincement de lèvres pour que ma respiration s’accélère et que mon corps tout entier, s’attendrisse. 

Je ferme les yeux et je te laisse commander virtuellement mon sexe. Au rythme de Tchaïkovsky, tu agites les commandes. Mon corps se crispe, se détend, s’emballe, s’abandonne. Qui aurait cru que le Lac des cygnes pouvait être si érotique?

L’idée que, quelque part en Europe, ma petite culotte parfumée et pleine de cyprine parfume les pages d’O et ses feuilles de satin noir, me fait gémir sans effort. Le troisième tiroir, c’est là que la tienne est rangée. J’hume tes effluves et je les imagine se déverser sur ma poitrine.

Flirter L’absence

Quand tu m’envoie un message pour m’interdire de flirter avec ton homme, ton ex; t’es consciente que c’est peut-être lui qui flirte avec moi? Tu y’a pensé à ça?

Tu réalises que tout le courage que tu as rassemblé pour m’écrire cette lettre, je la détruis en trois coups de langue. Ton insécurité et ton manque de confiance en toi sont si palpable que te répondre sans vouloir t’épargner, tu prendrais trois ans à t’en remettre…

Ne pas vouloir te préserver je te dirais qu’il m’a caressé dans l’entrée, il m’a embrassé dans la verrière, il m’a baisé entre la cuisinière et la fenêtre basse, oui oui, celle-là même avec vue sur le voisin, et je l’ai terminé goulûment en le suçant sur le canapé!

Je n’ai même pas osé entrer dans la chambre, et ce par respect pour toi, pour ce qui fût jadis votre intimité. Et toi, tu t’obstines à me l’énumérer, me nommer vos ébats, me décrire tes tourments. Pendant que tu l’as toujours dans ton lit, c’est à moi que tu penses en te demandant s’il pense à moi; celle que tu nommes rivale! Même en sa présence tu es lamentablement absente…

…il flirte avec moi pendant que tu flirtes dans l’absence…

Une année à s’aimer



Il y a une année…
cœurs ébréchés
corps carencés
profils croisés

Quelques lignes échangées
des paroles partagées
l’espoir s’est pointé
la rencontre est fixée

Un grand doux, réservé
d’allure allumé
des gestes posés
une oreille disposée

Des sorties insoupçonnées
de nombreuses randonnées
nos soupers improvisés
des discussions bien arrosées

D’une belle générosité
la sagesse durement gagnée
un insécure inassumé
d’une douce sensibilité

Des jours à s’apprivoiser
les nuits à se posséder
nos corps entremêlés
deux esprits débauchés

Son désir de m’épauler
sa crainte d’être abandonné
Mon besoin de l’aimer
ma peur d’être contrôlée

Les blessures du passé
troublées, sont ravivées
un coup dur porté
à toute notre fragilité

Nos âmes indisposées
guérison proposée
question de s’assurer
d’un peu de sérénité

Seule façon de prouver
combien je peux l’aimer
est d’enfin lui accorder
son besoin d’être libéré

Libéré de m’aimer
incapable de quitter
toxique réciprocité
ce désir de s’épargner

profils croisés
corps ébréchés
cœurs carencés
d’une année à s’aimer…

Sapiomonarquofile

Une année d’absence, mais ils sont toujours là, prêts à éclore. Nous nous sommes laissés sans raisons valables, laissant les cocons assoiffés. Il n’a suffit que de quelques échanges pour les humidifiés assez pour ranimer un souffle. Fragiles et déconcertées, vivantes et envieuses à nouveau, les chenilles ont repris vie.

Ces moments à refaire le monde, à imaginer la vie, à échanger rires et regards, à vivre le moment sans penser aux obligations. Quand le temps s’arrête prend tout son sens maintenant. Cette facilité, toute en douceur, est enivrante. Nous sous-estimons parfois l’importance de la réciprocité dans le lien qui unit deux personnes, mais c’est là la meilleure nourriture de l’âme. La simple vue d’une note, d’un regard, de mots ou de musique m’émoustille. Les papillons s’émancipent. La lenteur du déploiement des ailes mérite patience et importance.

Le grand Monarque parcourt plus de 4000km chaque 6 mois pour suivre sa destinée. Il rejoint son clan en affrontant obstacles et intempéries. Malgré les pertes, il avance. N’est-ce pas là une grande leçon de résilience?

Le jardin secret

C’est avec le sourcil arrogant que je t’ai laissé glisser quelques mots. Peu convaincue que cette discussion mènerait quelque part de toute façon… Ils sont cultivés, réfléchis, discrets. Quelques discussions par-ci par-là afin d’en sortir avec délicatesse, mais ils tentent de me convaincre de leur nid peu douillet. Ils nourrissent un jardin secret à l’insu de leur douce moitié. Le jardin est bien quand il tente de répondre à un petit luxe ou pour éviter une luxation! Il y en a des hommes en couple, plus que je ne me l’aurais imaginé. Ce qu’on ne sait pas ne fait pas mal qu’on dit, mais je ne suis pas d’accord. Vous souffrez en silence. Différemment. 

Perte d’intimité ou de peaux qui s’effleurent, d’échange de fluides et de gémissements, de soutient et de compréhension mutuelle. J’en suis venue à baisser le sourcil avec compréhension. La proximité est nécessaire, mais l’écoute encore plus. Et si vous en étiez à la fin sans vouloir l’admettre? Et si vous étiez seulement perdus? Peut-être êtes-vous simplement dans l’attente sans vous le dire? 

À toi, sa femme, j’aimerais te dire de foutre le camps, mais je préfère te souhaiter que le tout revienne, pas comme avant, mais juste assez pour que vous soyez deux à nouveau. J’aimerais te dire de l’épier quand tu t’occupes de nouvelles priorités, puisque c’est le moment qu’il choisit pour se libérer de quelques pensées et échanger avec des inconnues. J’aimerais te dire d’en prendre soin, sans savoir s’il le fait en retour. J’aimerais te dire que je l’écoute en toute simplicité et que je t’écoute à travers lui. J’aimerais te dire que vous vous êtes perdus dans un labyrinthe dont vous cherchez la sortie en faisant route seuls. J’aimerais te dire qu’il t’aime et t’admire, mais tu ne comprendrais pas qui je suis. 

Go fish!

Comme un poisson dans l’eau tu t’amuses avec moi
Déjà hameçonnée tu te permets de me laisser aller 
Sans d’autres intérêts tu joues à me ramener
Qui sait, au pire je serai mise sur la glace…

Tu veux garder ta liberté, n’accepte pas de t’engager
T’es tellement occupé à tout gérer; continuant de magasiner

Si par malheur je tire sur la ligne
Tu joues à la retirer sans donner signe
On avance à tâtons
On nage à reculons

Paroxysme de ta séparation, j’engourdis ta guérison
Moi et mes dispositions; non pas sans raison

T’as juste à jeter ta ligne à l’eau
Nul besoin d’y voir bien loin
Entre Zoosk, Tinder et POF
Pleins d’autres poissons vont mordre l’hameçon

Rien de bien ambigu, tout est stable
Je ne suis qu’utilité si je te laisse me manipuler…

*Image, La femme poisson de Sophie Pigeon