Coeur de marbre

En quelques mots et un sourire, toutes mes vulnérabilités se sont renversées en même temps. Laissant échapper celle que je protège. À chaque moment, j’ai tenté de fuir. Ne serait-ce que pour éviter de ressentir. Éviter de souffrir. Éviter d’aimer. Chaque fois, je suis revenue. Incompréhensions. La raison se rangeant derrière les sentiments. Deux arguments à force inégale devant toi. L’amour c’est sensé être doux, facile, rassurant. L’amour n’est pas sensé être une charge comme tu le crois. L’amour, c’est de partager à deux, c’est aussi de partager sans être deux. C’est sensé être volage comme les papillons. Ce n’est pas sensé être non plus un élément t’empêchant d’être qui tu es. Je t’appréciais pour ce que tu étais.

J’ai longtemps rêvé de lui. Ambitieux, plein de projets et plus occupé qu’il n’a de temps pour y arriver. Je t’ai trouvé, mais ton contraire m’apportait plus que ce que je pouvais l’imaginer. Facilité, fragilité, simplicité. Je n’y retrouvais rien d’ambitieux, mais tellement de légèreté. Le moment présent, c’est tout ce qui importe au final. Les rires me faisaient voyager, mon coeur en était apaisé.

Ce n’était rien, mais la rupture est. L’abandon est difficile, mais la compréhension facile. Les larmes coulent, mais le coeur s’allège, se vide. La fuite.

Chaque fois qu’il retombe, un éclat disparait. Tant de difficultés à chercher, tant de facilité à fuir. L’envie d’oublier ce qui a été dit, l’envie de remonter le temps pour changer cette trajectoire, l’envie de flancher à nouveau. L’envie de publier une invitation dans le journal pour l’ultime demande. L’envie de brûler le journal et de fuir.

Fuyons, c’est ce que nous maîtrisons le mieux. C’est plus facile de s’estomper que d’avouer.

Le marbre est froid quand tu n’y es pas.

Josie Gellar

Le collègue

La première fois que je l’ai croisé, c’était au boulot. Le type grand, chevelure argentée, silhouette élancée, un petit accent à faire frémousser. Chaque fois que je devais me joindre à son lieu de travail, je pouvais sentir mon corps réagir. Juste à l’idée d’être près m’excitait. Je maîtrise la retenue et les relations de travail sont plus que respectueuses, mais ça ne m’empêchait pas de fantasmer en secret.

Le temps a passé et j’ai quitté le boulot pour de nouveaux défis. Je ne l’ai revu qu’à une soirée avec une collègue commune. Les verres se sont enfilés, les rires, la complicité. Malgré le fait que ses amis semblaient remarquer le flirt entre nous et que notre collègue tentait de me dissuader de flirter, j’étais trop enflammée pour avoir envie de reculer. Sous la table, ses mains glissaient sur ma cuisse, j’écartais les jambes pour être plus accessible. Ses doigts n’effleuraient que ma peau mon corps n’avait aucune envie d’en rester là. Il était marié, c’était un papa de l’école des enfants et la vie nous amenait à nous croiser dans différents contextes. Mais ses doigts… je me suis éclipsée à la salle de bain. Il est venu me rejoindre et l’étreinte était vive, hormonale, intense. Nos corps pressés par l’étroitesse de la cabine. Ses mains pressaient ma forte poitrine avec envie. Ma petite culotte se mouillait sans effort. Ma main glissait sur son sexe à travers la texture rude de son jeans. Sa taille et sa fermeté m’excitait de plus en plus. Il n’aura fallu que le temps de baisser sa fermeture éclair avant de m’agenouiller pour l’enfoncer dans ma bouche. Sa verge était aussi dure que je la sentais, aussi savoureuse que je me l’imaginais entre deux gorgées de microbrassées bien froides. Ses lèvres qui cherchaient les miennes l’étais encore plus. Ses mains sur mon visage me faisaient valser l’intérieur. Quelques minutes intenses et un coït interrompu par les coups sur la porte de notre collègue. Les doutes étaient trop présents à la tablée, notre retour malaisant. Ils savaient. Tout ça n’avait aucun sens.
Je ne compte plus les fois où je me suis masturbée en pensant à sa grosse verge que j’avais pu masturber avec mes mains. J’adore masturber un homme. Les années ont passées et il s’est montré intéressé à récupérer quelques trucs dont je me débarrassais. Il a laissé savoir qu’il aimerait bien prendre un verre en spécifiant sa séparation pour éviter toutes ambiguïtés. Mon sexe s’est emballé à nouveau. J’ai accepté son invitation en osant lui dire que j’aimerais bien reprendre là où on avait cessé dans la cabine du pub… Il a trouvé cru la confidence, mais s’est présenté les minutes suivantes avec une bouteille de rouge. Quelques mots échangés et nos corps de sont enflammés à nouveau. Ses mains contre mes seins. Son sexe durcit à travers son jeans. Son parfum. Ses lèvres pulpeuses. En quelques minutes, nous étions nus. Nous avons ouvert la bouteille, avons trinqué et continué dans la chambre. De longs échanges langoureux, secs, sauvages. Et en plein milieu, nous nous sommes arrêtés pour nous saluer. Nous ne l’avions toujours pas fait.En écrivant, le rappel de son corps contre le miens, son odeur, son sexe dur et long suffisent à rendre humide et envieux, mon sexe.

Himeros

Tendre espiègle ou tout simplement merveille inavouée, qui sait? Avec un peu d’insistance, il a transgressé l’impossible. Il est là à savourer sa défiance, sa victoire. Il désire et il obtient.

Ses mains s’imaginent déposées sur ma chair, glisser entre mes cuisses, saisir ma chevelure sans aucune vergogne. Son odeur disperse ses effluves jusqu’à m’en faire perdre la tête. Ses yeux hypnotisent et dévoilent ce que mon corps envie. Il frémit. Je frissonne. Mes cuisses se serrent. Les draps se dispersent. Il répand son désir dans le creux de mon oreille. Le son de sa voix. Ses mots. Son souffle chaud. Sa main sur le fruit défendu. Son odeur qu’il étend avec arrogance et insistance. Chaleur. Concupiscence. Jouissance.

Sexe imaginaire

Gentleman silencieux

Le hasard ou un coup de fouet nécessaire en a décidé. Un p’tit saut dans la vie pour faire changement. Le bar est calme, à peine remis de la veillée d’hier. 

Un petit air hillbilly sur un fond de rockabilly. Une belle découverte qui s’agence avec la jupe cercle. L’ambiance est festive, le décor feutré. Les hanches se déhanchent et le moral bas s’est fait la malle. 

À son entrée, il s’est attardé à la porte. Nul n’aurait pu dire ce qui l’avait motivé à s’y rendre, mais son regard insistant était intimidant. Déplacé. Effronté. Ses compliments sur mes rondeurs observées lors d’un geste posé n’a eu d’effet que d’être repoussants. Plein de vergogne, il attendait que je le convainque de rester. Un Prince à New-York dans une scène de La Florida. Quelle chance que d’être l’élue de sa soirée et de devoir travailler pour qu’il daigne passer la soirée avec l’étrangère aux courbes affriolantes. Celui qui me rappelle l’autre qui voulait que « je lui donne le goût de s’intéresser à moi ». 

Il était assis au bar avant même que les lumières soient tamisées. Une simple invitation à s’assoir et quelques mots échangés. Quelques rires et quelques regards. Les effluves d’un gentleman qui termine une soirée en demandant un baiser. Si près de celui attendu par Josie Gellar sur le marbre un soir de baseball. 

La séduction n’existe plus, elle dérive. Un maître draveur tente parfois sa chance, mais ses billots échouent plus souvent qu’ils n’atteignent leur destination. Entre Tinder et une demande d’échange de numéro de téléphone, il existe un monde. Une femme, pas plus qu’un homme,  n’a pas à faire un effort pour que l’on lui accorde du temps. Ce n’est pas à moi à te fournir l’itinéraire fluvial. Si la fragrance visuelle ne suffit pas, je n’ai pas à tenir ta fourchette pour que tu ailles envie de goûter, de découvrir mes saveurs. 

Nul besoin de préciser qui a pu repartir avec quelques chiffres pris en note et un léger baiser déposé. Sans attente, sans intention. De la douceur déposé sur un gentleman réservé.

encensée

Au premier mot, j’avais déjà manqué le deuxième. Avalée par le timbre de voix. Je me berce. Il parle. Mon regard valse entre les trésors oubliés et son sourire. À travers, quelques phrases manquées. Les heures passent et l’état second m’enlace. Mes sens s’emballent et s’imaginent passer la nuit là, à entendre. Ses mots sont musicals. 

La nuit est longue, mais calme. Ses mots m’effleurent l’esprit telle la délicatesse d’une main sur ma cuisse. Son épaule, légèrement découverte, laisse entrevoir l’encre qui y est déposée. Je suis les lignes au rythme de sa lente respiration et jalouse qu’elles soient si près de son odeur. Je l’imagine narrateur de mon quotidien: « Elle se leva, déposa sa tasse avec fermeté, ramassa ses clés et referma derrière elle. ». De la musique au quotidien.

Enivrée, 
nuit insensée
Sens rythmés,
Ivres de sensibilités.
Imprégnée sans difficultés et
Touchée sans l’avoir été.

Et si nous nous accordions

Je ne cherche pas de discussions arbitraires, ni rien d’éphémère.

Tu ne me charmeras pas avec des photos, mais des mots.

Il te sera impossible d’aspirer à échanger si tu as fait d’elle, une trompée.

Nous conjuguerons à deux pour aspirer à mieux.

Vous y verrez de la superficialité où je verrai de la qualité.

Iels seront plus heureux de ne pas avoir fait des autres, des malheureux.

Yuè Xià Lǎorén 月下老人

Ça n’avait rien d’un flirt.

Dès la première rencontre, le jour même suivant le premier contact, il s’est montré différent de tout autre homme. Ce qui devait être un p’tit café sans prétention, pour la forme, s’est avéré une volteface à mes jugements et une belle leçon d’humilité. Il était doux et robuste, gentil bien que direct, petit mais si grand.

Quand j’étais enfant, grand-maman m’avait dit que lorsque je rencontrerais le bon pour moi, le vrai, le miens, je le saurais sans me poser de questions. En cours de route, les amies, la famille, la société aura fait bousculer la base pour y insérer les préjugés. Les « Il doit être éduqué, avoir un bon emploi, il doit être grand, intelligent, tes amies doivent l’aimer, ta mère l’adorer, porter tes sacs, t’ouvrir la porte… »

Dès la deuxième rencontre, j’ai ressenti le potentiel qu’il soit le bon. Je l’ai senti dans la facilité à échanger les banalités, apprendre à se connaitre. Je l’ai senti dans ses questions posées et mes réponses écoutées, mais je l’ai senti surtout dans l’aisance de nos silences. Le vent dans le dos, la face au soleil…

Quand j’étais enfant, on m’avait laissé entendre qu’il m’offrirait des fleurs à la St-Valentin, des bijoux aux anniversaires, des cadeaux sans raison, que pour me gâter, me choyer. On m’avait dit qu’il me ferait la cour, me couvrirait de compliments, m’apporterait en voyage…

Dès la troisième rencontre, j’avais compris que c’était lui. Je n’ai pas eu à attendre les sorties et les cadeaux, j’ai su qu’on était plus que ça dès le départ. Lui, c’est son cœur qu’il m’a offert. Je ne suis pas que tombé en amour, je suis tombée en amitié, en complicité. Avant même de caresser ma peau il avait touché mon âme. Avant même d’avoir dormi à ses côtés il m’invitait à traverser la tempête, et c’est le plus naturellement du monde que j’acceptais.

Quand j’étais enfant, on m’a bourré de mensonges. On a essayé d’apposer à l’amour les excuses qui servent à couvrir nos échecs. On décore nos espoirs avec des bijoux et des fleurs pour se faire accroire qu’on a réussi où tellement ont échoués. J’ai échoué souvent, péniblement, et lui aussi. On a échoué au point de ne vouloir rien de moins que du vrai. Ce qui est imparfait mais qui ne laisse pas place à l’interprétation, au vertige, mais qu’au vestige du mariage de grand-maman, celle qui m’a si sagement et si simplement dit que je saurais…

Aujourd’hui je sais, je l’ai senti dans son regard quand il me demandait d’être patiente, je l’ai senti dans la tendresse de son étreinte quand j’ai pleuré ma frustration. Je l’ai senti dans la douceur de sa main qui caresse la mienne, dans la ferveur de sa bouche quand il m’embrasse, je l’ai senti dans sa voix quand il m’a dit Je t’aime…

Le zèbre

Dès qu’il a ouvert la portière, mes sens se sont affolés. Son parfum, délicat et épicé à la fois, s’est répandu rapidement. Les heures à discuter s’envolaient et mes yeux parcouraient le reflet satiné de sa peau. L’envie de l’effleurer du bout de mes doigts ou de déposer mes lèvres sur les siennes m’envahissait. Les accrochages involontaires provoquaient frissons et ébullition.

Il a suffit d’une seconde pour que le temps s’arrête. Ses lèvres contre les miennes, la chaleur de son corps contre le miens. Sa douceur en moi, son parfum sur moi. Mes seins empoignés fermement entre ses mains et son sexe qui se durcit au moment où il jouit. Ses bras autour de moi, mon corps au creux du siens.

Il a quitté, mais le lit est imprégné de son doux parfum. J’hume les draps et je peux ressentir sa chaleur et ses mains sur moi à nouveau. Mon corps s’agite et je ne m’y oppose pas.

La volupté de rubens

Je me souviens encore du banc de bois sur lequel j’attendais qu’on me choisisse dans une équipe, l’odeur de la salle de gym ou la texture du linoléum vert. Très jeune, j’ai compris que j’étais mise de côté parce que j’étais la grosse de la classe. Je n’ai jamais été de taille avec personne. J’étais pointée du doigt par toi et tu continues de me pointer du doigt parce que je te dérange. Parce que tu ressens le besoin de te sentir au-dessus de moi. Tu t’expliques mal pourquoi il me choisit à toi, parce qu’en l’accusant de ne pas avoir de goût, tu te sens mieux dans ta peau. C’est plus facile pour toi de me jeter des pierres plutôt que d’accepter que nous avons autant de valeur l’une que l’autre et d’accepter qui tu es.

Il préfère glisser sa main contre ma cuisse généreuse ou ma poitrine voluptueuse et tu me vois comme un piètre choix parce que tu ne t’aimes pas. Le temps que tu as perdu à te comparer aux autres femmes, je l’ai passé à savourer mes courbes devant le miroir, à explorer toutes les facettes de ma sexualité et à m’épanouir dans les plaisirs de la chair avec tant d’aisance que les ampoules se sont changées plus vite que les saisons. Quand ses coups de hanches se brisent sur mon rocher, mes rondeurs vibrent comme des vagues dans tous les sens. Quand ses doigts se creusent dans ma chair, il ne juge pas, il savoure ma générosité.

Toutes ces années passées à laisser fleurir les graines que tu as semées par lâcheté, mes pétales se sont épanouies et l’acceptation de chacune de mes courbes n’a eu que de la bienveillance à offrir aux femmes qui ont manqué d’eau. Aux hommes, elles offrent aisance, élégance, concupiscence, et ce, sans besoin de médisance sur les tiennes.

Je n’ai jamais été de taille à juger, mais j’ai toujours su que la vie était trop bonne pour être savourée avec ménagement. Les hommes aiment les rondes, mais c’est plus facile de t’imaginer qu’ils manquent de jugement que d’accepter qu’ils peuvent aimer une autre personne que toi.

L’avocat

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Chaque fois que tu enfiles cette toge, ma concentration file vers la filière 13. Je me fais l’avocate du diable… et si elle était de trop? Quoi que le doux vas-et-vient de l’épitoge entre mes cuisses me manquerait certainement les jours plus tranquille…

Le ton autoritaire sur lequel tu m’appelles pour une sempiternelle modification au dossier suffit à accélérer le rythme de ma respiration et raviver les picotements laissés par la cravache sur mes fesses. Me levant d’un bond, l’une des attaches de mon porte-jarretelles s’est décrochée. Le pincement sur ma cuisse suffit à déclencher une contraction de mon sexe me ramenant exactement là où les coquilles ne relèvent pas du hasard.

Nul besoin de m’en excuser, on sait tous les deux que je la veux la punition qui suit les dossiers; les coquilles…

On sait que ton pouvoir n’est qu’illusoire. On le sait, tous les deux, qu’à chaque dossier que je claque impatiemment sur ton bureau en soutenant ton regard, c’est ta main qui se fend sur ma fesse que j’envie, on le sait… On le sait que dans chaque soupire d’impatience, c’est ta main qui m’agrippe la tignasse que je ressens vraiment.

Tu le veux ce contrôle, penché sur ton bureau, à me lever brusquement la jupe pour m’insérer ta correction dans le corps. À te soutenir de ta poigne dans ma tignasse pour mieux encore me pénétrer, plus fort, plus intense ta correction. À t’entendre gémir lourdement en m’agrippant le sein, me poignant à poing fermé le mamelon, je sais que tu l’aimes ton pouvoir illusoire…

Alors que tu t’imagines que je prends des notes lors de tes échanges clients, assise au bout de la table, c’est l’odeur de ton foutre sur mes lèvres qui me tiens alerte. On le sait que tu m’as violemment foutu ta queue dans le fond de la gorge à défaut d’avoir raison des coquilles, et moi je compresse mon sexe en serrant les cuisses sur la chaise de cuir pour te sentir encore plus fort.

Quand Monsieur P. demande si c’est la Gaspésie qui me donne mes couleurs, tu crois qu’il se doute comment tu t’agrippes à mes joues quand tu me l’enfonce juste avant nos rencontres? Tu crois qui se doute de la couleur de mon cul suite à la fessée que tu m’as si jalousement imposée? Tu crois qu’il imagine les morsures que ton plaisir a laissé dans ma chair? dans mon dos? et les empreintes de mains sur mes seins? sur mes cuisses?

Y’a pas de marteau de juge qui n’aurait de poids aux corrections que tu m’infliges et aux plaisirs charnels et si envoutants que tu pourrais m’imposer; à moins qu’il ne soit juge punitif… cuisses serrées, je rêve encore!